Fountain, Final Draft (FDX) ou PDF : quel format de scénario choisir ?

Fountain, FDX ou PDF ? Comparatif pratique des formats de scénario pour écrire, collaborer, soumettre, archiver et faire circuler un scénario entre plusieurs outils.

Il n’existe pas un seul meilleur format de scénario ; le bon choix dépend de ce que vous faites du texte. Écrivez et archivez dans un format qui reste modifiable (Fountain ou FDX), et envoyez un PDF dès que quelqu’un n’a besoin que de lire. Utilisez le FDX quand un partenaire de production ou un utilisateur de Final Draft doit continuer à éditer le scénario, avec ses révisions et ses notes intactes.

La question paraît anodine, jusqu’à ce qu’un scénario doive circuler entre un auteur, un réalisateur, un directeur de production et le portail d’un concours. À ce stade, c’est le format qui décide de ce qui survit au voyage : sauts de page, couleurs, notes, jusqu’aux numéros de scène. Voici ce qu’est réellement chaque format et comment choisir.

Ce qu’est réellement chaque format

Fountain est un balisage en texte brut pour les scénarios, créé notamment par Stu Maschwitz et John August. Les fichiers portent l’extension .fountain (parfois .spmd) et s’ouvrent dans n’importe quel éditeur de texte. La structure se déduit de conventions simples ; rien ne vous enferme donc dans une application, et le fichier se compare proprement dans un système de gestion de versions.

FDX est le format natif de Final Draft. C’est du XML, donc techniquement lisible, mais il est lié à une application propriétaire et à son modèle d’éléments. Il transporte plus que du texte : styles, marques de révision, numéros de scène, couleurs, notes et réglages de mise en page. De nombreux autres outils l’importent et l’exportent, car la profession échange depuis longtemps ses scénarios ainsi.

PDF est un format de livraison. Il conserve exactement l’aspect des pages, sur n’importe quel appareil, et c’est pourquoi la plupart des lecteurs, agents et concours le demandent. Il n’est pas conçu pour l’édition, et récupérer un scénario à partir d’un PDF passe par une extraction de texte qui peut casser la structure.

Les formats orientés texte courant, comme .docx et .txt, sont répandus pour les premiers jets, les traitements et les adaptations, mais ils ne portent aucune structure de scénario. Considérez-les comme une source d’import, pas comme un format de travail.

Tableau comparatif

Critère Fountain FDX (Final Draft) PDF
Modifiable Oui, dans n’importe quel éditeur de texte Oui, mieux dans Final Draft ou un outil compatible Pas en pratique
Lisible sans logiciel spécial Oui Techniquement (XML), mais pas confortablement Oui, universellement
Conserve la mise en page et les sauts de page Non, calculés par l’application Réglages stockés, pagination finale calculée par l’application Oui, figée
Révisions, couleurs, verrouillage des scènes Absents du standard Oui Seulement sous forme de marques visibles
Notes et commentaires Limités (syntaxe des notes) Oui, mais la prise en charge varie selon les outils Annotations, au mieux
Adapté à la gestion de versions Excellent Médiocre (XML verbeux) Médiocre (binaire)
Usage typique Écriture, versions de travail, archive Versions de production, transmission Lecture, soumission, copie finale

À quoi ressemble le Fountain

Le Fountain est facile à apprendre, parce qu’il se lit comme le scénario lui-même. Voici un court extrait valide :

INT. CUISINE - NUIT

La bouilloire siffle. LÉA, 40 ans, fixe une lettre cachetée.

LÉA
(doucement)
Tu es en avance.

DANIEL (O.S.)
Le train était vide.

CUT TO:

EXT. QUAI DE LA GARE - CONTINUOUS

Il pleut. Daniel se tient seul sous un lampadaire éteint.

Les règles sont peu nombreuses. Un intitulé de scène commence par INT. ou EXT. (ou par un point en début de ligne pour le forcer). Un nom de personnage s’écrit en capitales sur sa propre ligne, suivi directement du dialogue. Une didascalie entre parenthèses se place entre les deux. Une transition est une ligne en capitales qui se termine par TO:. Tout ce qui risquerait d’être mal interprété peut être forcé avec un préfixe, par exemple un ! en début de ligne pour une action ou @ pour un nom de personnage contenant des minuscules.

Quel format pour quelle tâche

Écrire

Le Fountain convient à l’écriture parce que le fichier est léger, portable et indépendant de toute licence. Le FDX convient aux auteurs dont le flux de travail vit déjà dans Final Draft ou qui doivent suivre un processus de production fondé sur le FDX. L’un comme l’autre est bon ; le mal vient des changements répétés en cours de projet.

Collaborer

Quand deux personnes s’échangent des versions, un format doit faire foi. Si un collaborateur utilise Final Draft, le FDX est le plus sûr, car c’est le seul des deux qui conserve révisions et notes dans le fichier. Si tout le monde travaille en texte ou dans un outil en ligne, le Fountain est plus simple et fusionne mieux.

Envoyer à des producteurs, des agents et des concours

Envoyez un PDF, sauf demande contraire. Il s’affiche partout de la même façon et ne peut pas être modifié par accident. Utilisez la mise en page standard : Courier 12 points, une page de titre, et pas plus de pages que ne l’autorise le cahier des charges. La règle empirique habituelle est d’une page par minute d’écran ; considérez-la comme une convention, pas comme une mesure.

Certains concours et bureaux de production demandent du FDX pour charger le scénario dans leur propre système. Suivez à la lettre les règles de soumission.

Archiver

Conservez deux exemplaires de chaque version marquante : un exemplaire modifiable (Fountain ou FDX) et un PDF de ce qui a été exactement envoyé. Le texte brut est le plus pérenne, car il s’ouvrira dans n’importe quel environnement. Le PDF garde la trace de ce que l’autre partie a réellement vu.

Passer d’un outil à l’autre

Les logiciels de préparation lisent en général le FDX et le Fountain. Si vous prévoyez un dépouillement ou un plan de travail à partir du scénario, consultez le guide du dépouillement et le déroulé de la préparation de tournage : plus vos intitulés de scène sont propres, moins l’import demandera de corrections. STORYGRAPH importe les fichiers .fountain, .fdx, .docx et .txt, et exporte en FDX, en Fountain et en PDF.

Ce qui se perd à la conversion

Toute conversion fait perdre quelque chose, et les pertes sont prévisibles.

  • Révisions et couleurs de révision. Les pages colorées et les marques de révision de Final Draft n’existent pas en Fountain. La conversion en Fountain les aplatit en texte courant.
  • Numéros de scène. Le Fountain peut marquer des numéros de scène, mais les numéros verrouillés d’une version de tournage risquent de ne pas survivre à un aller-retour par un autre outil. Vérifiez-les sur le PDF avant de tourner.
  • Notes et commentaires. Les notes peuvent ressortir sous forme de texte entre crochets ou disparaître. Examinez le résultat avant de le partager.
  • Dialogue simultané. Le Fountain le gère avec un accent circonflexe après le nom du second personnage, mais certains importateurs l’aplatissent en deux répliques consécutives.
  • Sauts de page. La pagination est recalculée par chaque application ; le nombre de pages et les mentions « suite » peuvent donc différer légèrement. Ne comparez jamais des numéros de page d’un outil à l’autre.
  • Détails de mise en forme. Polices personnalisées, marges, éléments en gras ou soulignés peuvent revenir aux valeurs par défaut.

Exemple : un scénario, trois destinataires

Exemple, à titre d’illustration. Une autrice écrit un court métrage en Fountain. Un réalisateur bienveillant lui renvoie ses notes dans un PDF. Elle a ensuite besoin du scénario dans le système FDX d’un producteur. Elle exporte en FDX, l’ouvre, constate que deux passages en dialogue simultané sont devenus séquentiels, et les corrige à la main. Avant de soumettre le film à un festival, elle exporte un PDF et le range à côté du fichier Fountain comme trace de la version soumise. Rien n’a été perdu qu’elle n’ait pu vérifier, parce qu’elle a comparé le résultat à chaque étape.

Recommandation pratique selon la situation

  • Auteur seul, sans logiciel imposé : écrire en Fountain, livrer en PDF.
  • Travail avec une équipe ou un studio sous Final Draft : utiliser le FDX comme référence et garder des PDF pour la lecture.
  • Soumission à un concours ou à un agent : PDF en mise en page standard, sauf si le règlement demande du FDX.
  • En route vers le dépouillement et le plan de travail : le format qui s’importe proprement dans votre outil de planification, après avoir vérifié les intitulés de scène.
  • Archive à long terme : une source en texte brut ou en FDX, plus un PDF par version marquante.

À retenir

  • Choisissez un format de référence modifiable et tenez-vous-y ; exportez les autres formats à partir de lui.
  • Envoyez du PDF pour la lecture et la soumission, et des fichiers modifiables seulement quand quelqu’un doit continuer à travailler.
  • Le Fountain est portable et adapté à la gestion de versions ; le FDX transporte les métadonnées de production.
  • Après toute conversion, vérifiez les révisions, les numéros de scène, les notes et les dialogues simultanés.
  • Gardez un PDF de chaque version qui sort de vos mains.